L’énergie nucléaire au Japon: histoire et perspective

Le Japon est un pays industrialisé et développé qui dépend fortement de l’énergie pour soutenir sa croissance économique. Avant l’accident de Fukushima en 2011, la répartition de la production d’électricité au Japon était dominée par l’énergie nucléaire. Cependant, à la suite de l’accident, la plupart des réacteurs nucléaires ont été arrêtés, et en 2020, la répartition de la production d’électricité était la suivante : 32 % de gaz naturel, 31 % de charbon, 18 % de renouvelables (hydroélectricité, solaire, éolien et autres), et seulement 6 % d’énergie nucléaire [1]. Cet article se concentre sur la production d’énergie nucléaire au Japon, en présentant son histoire, les technologies de réacteurs utilisées et les projets de centrales et de réacteurs novateurs en cours de développement.

Histoire de la production d’énergie nucléaire au Japon

Le Japon a commencé à développer son programme nucléaire dans les années 1950 et a mis en service sa première centrale nucléaire, Tokai, en 1966 [2]. Le pays a rapidement développé son infrastructure nucléaire et a construit plusieurs autres centrales nucléaires au cours des décennies suivantes. L’énergie nucléaire a joué un rôle clé dans la réduction de la dépendance du Japon vis-à-vis des importations d’énergie et dans le soutien à la croissance économique rapide du pays.

Cependant, l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011 a profondément modifié la perception de l’énergie nucléaire au Japon et a conduit à la fermeture temporaire de la plupart des réacteurs nucléaires du pays. Depuis lors, le Japon a pris des mesures pour renforcer la sécurité de ses installations nucléaires et a progressivement redémarré certains réacteurs conformément aux nouvelles normes de sécurité. En 2020, seuls neuf réacteurs étaient en activité, avec une capacité totale d’environ 9 GW, soit une fraction de la capacité nucléaire d’avant Fukushima [3].

Technologies de réacteurs nucléaires utilisées au Japon

La plupart des réacteurs nucléaires en activité au Japon sont des réacteurs à eau bouillante (REB) et des réacteurs à eau pressurisée (REP) [4]. Ces réacteurs de deuxième et troisième génération utilisent de l’uranium enrichi comme combustible et de l’eau comme modérateur et caloporteur. Les réacteurs en activité au Japon sont principalement des modèles importés ou développés localement sur la base de technologies américaines et françaises.

Le Japon possède également un réacteur à eau lourde (CANDU) et un réacteur à neutrons rapides (Monju), bien que ce dernier ait été mis hors service en 2016 en raison de problèmes de sécurité et de coûts élevés [5].

Projets de centrales et de réacteurs novateurs au Japon

Malgré les défis posés par l’accident de Fukushima et la diminution de la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité du pays, le Japon continue d’investir dans le développement de nouvelles technologies de réacteurs et de projets de centrales innovants.

Un exemple notable de projet de centrale nucléaire en développement au Japon est la centrale d’Ohma, qui devrait être équipée d’un réacteur à eau bouillante avancé (ABWR) d’une capacité de 1,38 GW [6]. La construction de cette centrale a été suspendue après l’accident de Fukushima, mais a repris en 2015, avec une mise en service prévue pour 2027 [6].

En ce qui concerne les projets de réacteurs novateurs, le Japon investit dans le développement de réacteurs modulaires à petite échelle (SMR) et de réacteurs avancés à neutrons rapides. Les SMR sont des réacteurs nucléaires compacts et modulaires, qui peuvent être construits et déployés plus rapidement et à moindre coût que les réacteurs traditionnels de grande taille. Le Japon travaille actuellement sur le développement de plusieurs modèles de SMR, tels que le réacteur intégré modulaire avancé (IMR) et le réacteur à sels fondus intégré (IMSR) [7].

Par ailleurs, le Japon s’intéresse également au développement de réacteurs à neutrons rapides pour réduire la production de déchets nucléaires et exploiter de manière plus efficace les ressources en combustible nucléaire. Bien que le réacteur Monju ait été mis hors service, le Japon continue de collaborer avec d’autres pays, comme la Russie, dans le domaine des réacteurs à neutrons rapides et la recherche sur les cycles du combustible nucléaire [8].

Les centrales nucléaires au Japon

Nom du réacteurTechModèleMweTWhConstructionStartGridConnecDemantèlement
JPDRBWRBWR-1100.011 déc. 196026 oct. 196318 mars 1976
TOKAI-1GCRMAGNOX15928.191 mars 196110 nov. 196531 mars 1998
TSURUGA-1BWRBWR-234180.0524 nov. 196616 nov. 196927 avr. 2015
MIHAMA-1PWRWH2LP32060.121 févr. 19678 août 197027 avr. 2015
FUKUSHIMA-DAIICHI-1BWRBWR-343982.3525 juil. 196717 nov. 197019 mai 2011
MIHAMA-2PWRM(2-loop)470101.6029 mai 196821 avr. 197227 avr. 2015
FUKUSHIMA-DAIICHI-2BWRBWR-4760148.159 juin 196924 déc. 197319 mai 2011
TAKAHAMA-1PWRM(3-loop)780174.3125 avr. 197027 mars 1974
SHIMANE-1BWRBWR-3439101.882 juil. 19702 déc. 197330 avr. 2015
FUKUSHIMA-DAIICHI-3BWRBWR-4760155.9428 déc. 197026 oct. 197419 mai 2011
TAKAHAMA-2PWRM(3-loop)780172.669 mars 197117 janv. 1975
HAMAOKA-1BWRBWR-451673.6310 juin 197113 août 197430 janv. 2009
GENKAI-1PWRM(2-loop)529127.6715 sept. 197114 févr. 197527 avr. 2015
FUGENATRHWLWRATR1488.4510 mai 197229 juil. 197829 mars 2003
FUKUSHIMA-DAIICHI-5BWRBWR-4760156.4322 mai 197222 sept. 197717 déc. 2013
MIHAMA-3PWRM(3-loop)780171.067 août 197219 févr. 1976
OHI-1PWRWH4LP1120213.3226 oct. 197223 déc. 19771 mars 2018
OHI-2PWRWH4LP1120231.708 déc. 197211 oct. 19781 mars 2018
FUKUSHIMA-DAIICHI-4BWRBWR-4760154.3012 févr. 197324 févr. 197819 mai 2011
IKATA-1PWRM(2-loop)538125.681 sept. 197317 févr. 197710 mai 2016
TOKAI-2BWRBWR-51056221.613 oct. 197313 mars 1978
FUKUSHIMA-DAIICHI-6BWRBWR-51067206.6526 oct. 19734 mai 197917 déc. 2013
HAMAOKA-2BWRBWR-4814129.5714 juin 19744 mai 197830 janv. 2009
FUKUSHIMA-DAINI-1BWRBWR-51067205.6516 mars 197631 juil. 198130 sept. 2019
GENKAI-2PWRM(2-loop)529118.191 févr. 19773 juin 19809 avr. 2019
IKATA-2PWRM(2-loop)538115.871 août 197819 août 198123 mai 2018
FUKUSHIMA-DAINI-2BWRBWR-51067190.6425 mai 197923 juin 198330 sept. 2019
SENDAI-1PWRM(3-loop)846210.8515 déc. 197916 sept. 1983
KASHIWAZAKIKARIWA-1BWRBWR-51067160.135 juin 198013 févr. 1985
ONAGAWA-1BWRBWR-449881.768 juil. 198018 nov. 198321 déc. 2018
TAKAHAMA-3PWRM(3-loop)830195.8412 déc. 19809 mai 1984
TAKAHAMA-4PWRM(3-loop)830194.0419 mars 19811 nov. 1984
FUKUSHIMA-DAINI-3BWRBWR-51067163.0523 mars 198114 déc. 198430 sept. 2019
FUKUSHIMA-DAINI-4BWRBWR-51067161.3628 mai 198117 déc. 198630 sept. 2019
SENDAI-2PWRM(3-loop)846199.2512 oct. 19815 avr. 1985
TSURUGA-2PWRM(4-loop)1115185.896 nov. 198219 juin 1986
HAMAOKA-3BWRBWR-51056171.1018 avr. 198320 janv. 1987
SHIMANE-2BWRBWR-5789129.182 févr. 198511 juil. 1988
TOMARI-1PWRM(2-loop)55090.9718 avr. 19856 déc. 1988
TOMARI-2PWRM(2-loop)55083.5713 juin 198527 août 1990
KASHIWAZAKIKARIWA-5BWRBWR-51067136.9720 juin 198512 sept. 1989
KASHIWAZAKIKARIWA-2BWRBWR-51067120.8818 nov. 19858 févr. 1990
MONJUFBR246NC10 mai 198629 août 19955 déc. 2017
OHI-3PWRM(4-loop)1127201.173 oct. 19877 juin 1991
GENKAI-3PWRM(4-loop)1127183.981 juin 198815 juin 1993
OHI-4PWRM(4-loop)1127201.8013 juin 198819 juin 1992
KASHIWAZAKIKARIWA-3BWRBWR-51067100.287 mars 19898 déc. 1992
SHIKA-1BWRBWR-550556.331 juil. 198912 janv. 1993
HAMAOKA-4BWRBWR-51092130.3513 oct. 198927 janv. 1993
KASHIWAZAKIKARIWA-4BWRBWR-5106791.855 mars 199021 déc. 1993
IKATA-3PWRM(3-loop)846133.771 oct. 199029 mars 1994
ONAGAWA-2BWRBWR-579681.1612 avr. 199123 déc. 1994
GENKAI-4PWRM(4-loop)1127156.7515 juil. 199212 nov. 1996
KASHIWAZAKIKARIWA-6BWRABWR1315133.583 nov. 199229 janv. 1996
KASHIWAZAKIKARIWA-7BWRABWR1315116.411 juil. 199317 déc. 1996
ONAGAWA-3BWRBWR-579643.7423 janv. 199830 mai 2001
Source: base de donnée PRIS

Les pays produisant de l’énergie nucléaire

  1. États-Unis : 94 718 GW
  2. France : 61 370 GW
  3. Chine : 53 170 GW
  4. Russie : 27 727 GW
  5. Corée du Sud : 24 489 GW
  6. Japon : 16 321 GW
  7. Canada : 13 624 GW
  8. Ukraine : 13 107 GW

Sources :