Les réacteurs nucléaires à lit de boulets (PBR)

Les réacteurs nucléaires à lit de boulets (Pebble Bed Reactors, PBR) sont un type de réacteur à haute température (High Temperature Reactors, HTR) qui utilisent des boulets contenant du combustible nucléaire TRISO pour générer de l’énergie. Cette technologie innovante offre des avantages significatifs en termes de sûreté et de performance, et pourrait jouer un rôle clé dans l’avenir de l’énergie nucléaire.

Que sont les réacteurs à lit de boulets ?

Les réacteurs à lit de boulets sont un sous-type de réacteur haute température. Commençons par vous les présenter avant d’approfondir le fameux lit de boulets.

Les réacteurs haute température

Les réacteurs haute température (HTR) utilisent du gaz (hélium) pour transporter l’énergie et du graphite comme modérateur. Ils opèrent à des températures nettement supérieures aux réacteurs traditionnels, souvent au-delà de 700°C. Cette caractéristique permet une meilleure efficacité énergétique et ouvre la voie à des applications telles que la cogénération de chaleur pour l’industrie.

En termes de sécurité, les HTR bénéficient d’une conception qui favorise la sûreté intrinsèque, avec des réactions thermiques négatives empêchant les excursions de puissance et des systèmes de refroidissement passifs qui réduisent les risques en cas de défaillance.

Le combustible utilisé dans les HTR, principalement le TRISO, consiste en uranium très enrichi, encapsulé dans des couches de carbone et de carbure de silicium, assurant une rétention efficace des produits de fission. Il peut être organisé de deux manières:

  • Soit les billes sont compactées dans des colonnes de forme prismatique (=hexagonale). On retrouve un peu la logique des réacteurs RBMK, avec des barres de combustible qui s’insèrent dans une matrice de graphite.
  • Soit les billes sont rassemblées à l’intérieur de « boulets » de quelques centimètres de diamètres, avec une couche épaisse de graphite autour. C’est notre réacteur sur lit de boulets.

Le principe des réacteurs à lit de boulets

Dans un réacteur à lit de boulets, ces sphères de combustible sont placées dans un réacteur où elles forment un lit fluide. Ce lit permet une circulation constante des boulets à travers le réacteur, favorisant une réaction nucléaire homogène. L’hélium est utilisé comme caloporteur pour extraire la chaleur produite par la fission nucléaire, la transmettant ensuite à un système de production d’énergie, typiquement un cycle de turbine à gaz ou de vapeur.

Un des avantages majeurs de ce type de réacteur réside dans sa sûreté intrinsèque. La conception du lit de boulets permet une gestion plus flexible du combustible et une meilleure répartition de la chaleur. De plus, en cas d’augmentation anormale de la température, la configuration même du lit de boulets contribue à une stabilisation naturelle de la réaction nucléaire, réduisant ainsi le risque d’accident.

Néanmoins, il a été constaté qu’il est difficile de contrôler la chaleur à l’intérieur du lit et des points chauds peuvent endommager les sphères.

L’histoire des réacteurs à lits de boulets

L’origine des réacteurs à lit de boulets remonte aux années 1960, lorsque des scientifiques allemands et américains ont commencé à développer ce concept pour améliorer la sûreté et l’efficacité des réacteurs nucléaires. Depuis lors, plusieurs réacteurs à lit de boulets ont été construits et exploités à travers le monde, notamment en Allemagne, en Afrique du Sud et en Chine.

Premières expérimentations avec l’AVR(1967-1988)

L’AVR (Arbeitsgemeinschaft Versuchsreaktor) est le premier réacteur à lit de boulets opérationnel. Situé à Jülich, en Allemagne, il a testé différents combustibles, dont le TRISO, et atteint des températures allant jusqu’à 990°C. Bien qu’il ait connu des défis en termes de sécurité, l’AVR a joué un rôle crucial dans l’évolution des PBR.

L’échec de la motée à l’échelle avec le THTR-300

Succédant à l’AVR, le THTR-300 (Thorium High Temperature Reactor) visait à améliorer la production commerciale d’énergie des PBR. Il a été le plus grand réacteur à lit de boulets construit à ce jour, avec une capacité de 300 MWe. Néanmoins, il a très rapidement été arrêté.

Projets et échecs modernes

En Afrique du Sud est né en 1993 le projet du PBMR (Pebble Bed Modular Reactor), reposant sur le design de l’AVR. Il a commencé à être financé en 2004, mais ces fonds s’arrétèrent en 2009, l’année suivant le papier de Moormann sur l’AVR, soulignant les problèmes dans la gestion de la chaleur.

Projets futurs

En outre, plusieurs organisations de recherche et entreprises travaillent sur le développement de nouvelles conceptions et technologies de réacteurs à lit de boulets, telles que le réacteur X-energy Xe-100 aux États-Unis et la startup Jimmy en France.