La France est historiquement une grande puissance agricole et se place encore aujourd’hui à la 6e place des plus importants exportateurs mondiaux. Nous allons présenter ici sa production agricole, en utilisant les données de la FAO (FAOStat), disponibles de 1961 à 2022. J’ai également fait des synthèses des États-Unis ; Brésil ; Chine ; Chili ; Ukraine ; Egypte ; Suisse ; Russie.
Nous verrons:
- Les principales statistiques de la production agricole française
- L’évolution de la production de céréales
- L’évolution de la production de viande
- L’évolution de la production de fruits
- L’évolution de la production de produits animaliers (oeufs et lait essentiellement)
- L’évolution de la production de fibres textiles
- L’évolution de la production de légumes
- L’évolution de la production d’oléagineux
- L’évolution de la production de légumineuses
- Avant de finir avec quelque statistiques amusantes
Les principales statistiques de la production agricole française
L’hégémonie des céréales
La culture des céréales domine la surface agricole française. Même si elle a connu d’importantes mutations depuis 1960, ce fait reste inchangé et le pourcentage des cérales n’a presque pas changé : 69.9% des surfaces cultivées en 1961, 66.3% en 2020.
Notez qu’on voit aussi la chute des fruits et des tubercules et la montée en puissance des oléagineux.


Parmi les céréales, la domination du blé
Parmi les céréales, c’est le blé qui domine (la statistique ne précise pas s’il s’agit du blé dur ou du blé tendre).
Entre 1961 et 2020, on note la quasi-disparition de l’avoine et le recul de l’orge. A l’inverse, le maïs est beaucoup plus cultivé. On voit aussi l’apparition de la triticale, qui est un hybride entre le blé et le seigle, très apprécié en polyculture élevage.


La disparition de l’avoine: la marque du machinisme
L’avoine était largement utilisé pour l’alimentation des chevaux de trait, encore en 1961, date à laquelle il représentait 13.4% des surfaces cultivées ! Cette étendue montre que le machinisme de la seconde révolution agricole industrielle n’avait pas encore atteint toute la France et que beaucoup de chevaux de trait étaient encore en activité.
Raisins et pommes: les principaux fruits français
La France cultive de nombreux fruits, mais ce sont les pommes et, surtout, les raisins qui se taillent la part du lion: autour de 15% pour le premier et 50% pour le second. Fait original, on voit que les coings étaient très présents dans les années 1960 et on quasiment disparus ensuite (<2%).
L’ampleur de la catégorie « autres » (cultures représentant moins de 2%) montre la grande diversité de cette catégorie.


L’évolution de la production de céréales en France de 1961 à 2022
La surface récoltée de céréales est globalement stable sur toute la période, mais les rendements ont été multipliés par plus de 3, passant en moyenne de 2.27t/ha à 7.09t /ha.
L’essentiel de cette croissance se fit à la fin des années 90 et elle plafonne depuis les années 2000.



La production de céréales un peu « rustiques », comme le seigle, a largement décliné


On a beaucoup entendu parler de Sorgho récemment en raison de sa capacité à tolérer la sécheresse. néanmoins, c’est une céréale dont l’intérêt est déjà reconnu depuis longtemps, ayant connu son pic de surface en 1977 (100K ha) et 1992 (100.3K ha).
Un revenant, par contre, est le blé noir ou sarrasin, dont la culture s’était quasiment éteinte dans les années 70: en ont été cultivés 74K ha en 2022, près de 50% de plus qu’en 1960 !


Dans les années 80 a été développée une nouvelle espèce de céréale, ce qui était une innovation technique majeure, la triticale. Hybride entre le blé et le seigle, elle est résistante est particulièrement intéressante pour l’élevage. C’est probablement aussi la polyculture élevage qui encourage la production de céréales mélangées. En mélangeant les espèces, on rend son champ plus résistant aux infestations.


L’évolution de la production de viande en France de 1961 à 2022
La production de viande est relativement stable depuis les années 60, avec un pic dans les années 90.
Les changements les plus notables sont la diminution de la part de viande bovine (-7.5% de parts) au profit de la viande de porc (+12.2%) et de poulet (+10.2%).



Néanmoins, la production de viande bovine ne change pas particulièrement, restant extrêmement stable depuis le début de la période.
La production de poulets (qui a bizarrement explosé pendant les années 90 avant de revenir à sa production antérieure) et de viande porcine a, elle, doublé sur la période.



Corollaire de l’avènement du machinisme, la viande de cheval est de moins en moins consommée. L’animal devient un animal domestique et sa consommation devient marginale.
La consommation de lapins aussi se marginalise, sans doute pour deux raisons: la diffusion de son rôle d’animal de compagnie et la diminution des élevages domestiques de lapins, très courants dans les campagnes au début de la période.


L’évolution de la production de fruits en France de 1961 à 2022
La production de fruits est baissière de manière continue depuis le début de la période. Une des causes est potentiellement le retrait de phytosanitaires qui handicapent la filière.



S’agissant des deux principales cultures fruitières françaises, les pommes et le raisin, leurs rendements stagnent depuis le début de la période et la superficie leur étant allouée tend à baisser.


La production de la cerise a chuté constamment, probablement plombée par la diffusion de la mouche suzuki et la disparition de moyens de luttre contre. S’agissant de la fraise, je suspecte un bug dans les données pour le rendement des années 60. La production est globalement stable, avec un regain ces dernières années. Surtout, on note une amélioration constante des rendements depuis les années 1970.


Je ne comprends pas l’évolution de la production de coings. Je suspecte un bug dans les statistiques de la FAO.



Détail original, on voit un renouveau des agrumes, avec une augmentation des productions de mandarines/clémentines et d’oranges (rq: leurs données sur la surface semblent douteuses).



L’évolution de la production de tubercules en France de 1961 à 2022
Ce point ira très vite: il y a essentiellement deux types de tubercules en France: les pommes de terre et la betterave à sucre (j’ai classé oignons et ails comme « condiments »). Il représentent une masse considérable, comparable aux céréales, mais une surface bien moindre.
Leur rendement a globalement cru jusqu’à ces dernières années, où des conditions météorologiques et des infestations de jaunisse nanisante ont handicapé les cultures.



On voit bien pour la betterave à sucre le creux de 2020, qui fut vraiment l’année noire à ce niveau.


L’évolution de la production de produits animaliers en France de 1961 à 2022
Les produits animaliers sont une autre production majeure de France et se divise quasi-exclusivement en deux ensembles: le lait de vache et les oeufs de poule.



On note les progrès considérables en termes de productivité laitière: on est passé de 2670 kg/an (ce qui était déjà un énorme progrès par rapport au sortir de la guerre, où les vaches produisaient moins de 2000L) à 7418 kg /an ! La production d’oeufs, quant à elle, dépend surtout du nombre de tête, qui est relativement stable. On était passé de 167 oeufs par an en 1961 à 309 en 2006, mais on est redescendu et on tourne maintenant autour de 250 oeufs par an et par poule.


La production de fibres textiles en France
La production de fibres textiles, essentiellement du lin, semble avoir une belle progression. Je me demande si ce n’est pas lié au développement de l’usage du lin dans l’industrie textile et, surtout, sa meilleure valorisation sur le plan marketing.



La production de légumes en France
Les « légumes » sont sans doute le type de cultures la plus diversifiée, plus encore que les fruits.
Une douzaine de cultures se sont néanmoins distinguées au fil de la période étudiée comme dominant le secteur.
La production est néanmoins globalement en berne.



On note la chute des parts de choux (-3,4% de parts), qui ont longtemps été très populaires parmi les paysans et l’explosion de la part des concombres (+12.2%, soit ~x7 ! ) et des tomates (+11.8%). Néanmoins, quand on regarde les volumes, seules les concombres ont augmenté, les tomates sont simplement restées stables.


La production de choux et de poireaux a, elle, largement diminué. Leurs rendements sont globalement stables.


D’autres cultures caractéristiques du terroir français ont décliné: les artichauts et les asperges.


Les champignons, après une importante croissance jusqu’à la fin des années 90 a brutalement chuté, atteignant néanmoins en 2020 une production plusieurs fois supérieure à celle de 1961. Les choux fleur et brocolis, par contre, sont moins produits qu’en 1961.


Les productions de courges et d’aubergines ont une croissance étonnante en 2020.


La production d’oléagineux en France
Les oléagineux sont des cultures particulièrement intéressantes: elles permettent non seulement de faire de l’huile, mais aussi un tourteau riche en protéines. C’est une des catégories qui a le plus progressé, passant d’un secteur négligeable de l’agriculture française à la 2e en superficie, passant de 129 320 ha en 1961 à 2 139 690 en 2022 et représentant 15.7% de la superficie globale en 2022.



Cette croissance extraordinaire a été essentiellement portée par la culture de graines de tournesol et de colza.


En fait, les graines de lin n’ont pas « disparu », leur production, erratique, est à un niveau comparable à 1961.
La croissance des autres oléagineux l’a juste fait disparaitre du graphique.

La production de légumineuses en France
Les légumineuses ont une caractéristique extraordinaire: elles peuvent fixer l’azote de l’air. Elles se combinent en effet à des bactéries qui ont cette propriété. Les légumineuses sont à ce titre très populaires comme culture de couvert intermédiaire (CIVRES).
Néanmoins, comme cultures principales, elles ne représentent au total que 4% des surfaces récoltées en 2022.



Statistiques amusantes
Finissons avec quelques statistiques sur la production agricole française que j’ai trouvées amusantes.
Production et poids, quelques ordres de grandeur
Si les céréales dominent les surfaces cultivées, ce n’est pas le cas du tonnage produit. Cela s’explique par le fait que le blé est une matière première très nutritive (73.6% de glucide et 10.3% de protéines !). En face, vous avez essentiellement:
- Le lait, constitué à 87% d’eau, représentait 24 millions de tonnes en 2022. La statistique compte aussi les oeufs en milliers comme unités, ce qui trompe un peu la statistique (1000 oeufs font autour de 60kg, donc les 15.3 milliards d’oeufs produits en 2022 sont comptés comme 15.3 millions de tonnes au lieu de 921 845 t).
- Les betteraves à sucre (~80t/ha) et les pommes de terre (~ 40t/ha) ont des rendements bien plus élevés que le blé (~7.5t/ha), mais sont moins denses énergétiquement, contenant autour de 16% de glucides pour la patate et pour la betterave sucrière (plus variable).


Nous cultivons encore du tabac
La production de tabac en France a culminé dans les années 70 avant se s’effondrer, disparaissant presque totalement. Il reste, des 21 750 hectares cultivés en 1961, 1170 ha en 2022.
Notez que le pric de productivité a été atteint dès les années 70.

