Prospective pour 2025
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Prospective pour 2025

Publié le 27 mai 2025

Par Alexandre

Atlantico m’avait demandé en début d’année un article de prospectives sur 2025. J’ai rendu l’article un peu tard, donc il n’a pas été publié. Voici quelles étaient mes prédictions.

Pas très original, mais évident : l’IA

L’IA a fait des progrès massifs et l’année 2025 pourrait être le début de « vraies » répercussions.

Fin 2022, avec ChatGPT3, on a tous découvert une intelligence artificielle avec laquelle on pouvait discuter, apprendre et même coder. Beaucoup de développeurs ont commencé à l’adopter, mais si l’outil était déjà fantastique, il avait de vraies limites et je pense que les abus ont fait du mal à la réputation de l’outil comme demandant plus de temps en debug que ce qu’on gagne en écriture. 

En 2024, par contre, les progrès ont été massifs et les vidéos sur la question « est-ce que l’IA va remplacer les développeurs » ont poussé comme des champignons. Si beaucoup de développeurs regardent cette allégation avec dédain,  la question existe. Voici deux vidéos concises en anglais sur le sujet que je trouve super :

En bref : non, c’est plutôt le contraire, cela améliore la productivité, il ne faut juste pas l’utiliser n’importe comment. Cela varie probablement selon le type et la taille du projet.

Néanmoins l’intérêt principal n’est pas, à mon sens, le gain de productivité, mais l’apprentissage.

 Vous avez le meilleur professeur du monde qui peut vous enseigner n’importe quel langage à condition que vous ne lui fassiez pas confiance et que vous soyez curieux. C’est du vécu : alors que je n’ai été formé qu’au HTML/JS/CSS, je code souvent en Python pour du traitement et visualisation de données et de la génération de contenu.

Globalement, ces progrès vont accélérer le développement des solutions informatiques. Or, celles-ci sont cruciales pour l’écologie, notamment pour certaines tâches spécifiques :

  • La simulation de nouveaux procédés. L’un des challenges de l’innovation écologique est de développer de nouvelles façons de faire. Or, les solutions existantes ont l’avantage d’avoir des dizaines d’années de pratiques antérieures, qui leur ont permis d’optimiser. L’amélioration des simulations permet l’application d’innovations plus audacieuses.
  • L’analyse de données et le monitoring. Un aspect important pour la décarbonation de l’industrie et de l’agriculture est de réussir à optimiser les processus : faire plus en consommer moins (ou plus précisément améliorer la production à consommation égale). C’est par exemple l’objectif de l’agriculture de précision, qui permet d’optimiser les intrants et de mieux repérer les besoins (ex: infestation d’insectes, maladies …). On trouve la même logique pour l’industrie 4.0.

Ils vont aussi permettre aux entreprises de développer facilement leurs propres solutions. Et pour cause,  on arrive à un niveau de qualité qui permet même à des non-développeurs de coder leurs propres applications (exemple). Avant, même si vous aviez un développeur, vous deviez évaluer le temps que cela prendrait et il pourrait ne simplement pas réussir. En gros le moindre test allait représenter des milliers d’euros de développement. Maintenant, il devient trivial d’itérer rapidement et de tester une idée, ne serait-ce que pour voir si elle est complexe ou non à réaliser.

Vous avez donc un point de blocage qui se lève pour l’ensemble de l’économie.

Et cette accélération ne se limite pas au code. Vous pouvez aussi apprendre de nouvelles langues grâce à l’IA, comprendre des notions techniques, mieux vous informer … Marc Andresseen, une des grandes figures du capital-risque américain, le dit bien dans son article « Pourquoi l’IA va sauver le monde » : « Chaque enfant aura un tuteur IA infiniment patient, infiniment compatissant, infiniment compétent et infiniment serviable. […] Chaque personne aura un assistant/coach/mentor/formateur/conseiller/thérapeute en IA qui est infiniment patient, infiniment compatissant, infiniment compétent et infiniment utile. […] Chaque scientifique aura un assistant/collaborateur/partenaire en IA qui élargira considérablement son champ de recherche et de réalisations scientifiques. Chaque artiste, chaque ingénieur, chaque homme d’affaires, chaque médecin, chaque soignant aura la même chose dans son monde. (etc.) »

L’IA va donc tout accélérer et s’accélérer elle-même. Et je pense qu’en 2025 on réussira à dépasser la phase « hype » (qui est trompeuse et qui dissuade en fait le reste des acteurs), qui est beaucoup focalisée sur une obscure « AGI », et que l’économie dans son ensemble commencera à voir comment exploiter ces progrès.

Verra-t-on les premiers petits réacteurs nucléaires modernes ?

En parlant de hype, parlons des petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors, « SMR »).

Les SMR sont une des grandes innovations du nucléaire consistant à concevoir des réacteurs de plus petite taille pour répondre à plus d’usages, être fabriquables en usine (et bénéficier des effets de série et de la possibilité de peaufiner les procédés avec une main d’œuvre stable qui monte en compétence) et rapidement installables. 

Or, si on regarde l’avancement des projets, on peut se dire qu’il y en a déjà et que les pays non occidentaux sont en tête ! Ainsi, selon l’article Wikipedia, il y aurait déjà les TMSR-LF1 et  HTR-PM chinois et le KLT-40S russe d’actifs et plusieurs déjà en construction.

Néanmoins, un « SMR » n’est pas juste un petit réacteur. On sait les faire ceux-là et depuis plus longtemps : on en a dans nos sous-marins nucléaires et la plupart des réacteurs expérimentaux sont/étaient « petits », etc. Non, le vrai challenge est d’en faire des solutions viables pour la production civile d’électricité avec comme avantages :

  • Le concept doit être suffisamment bon marché à produire pour être compétitif. Or, il faut avoir en tête que les économies d’échelle dans l’énergie thermique sont très importantes.
  • La possibilité de les intégrer à des procédés de production, par exemple pour générer de la chaleur industrielle ou alimenter des réseaux de chaleur urbains.
  • La rapidité d’installation.

En somme, le vrai challenge est de concevoir des petits réacteurs qui puissent être rentables, développer les usages du nucléaire et accélérer son déploiement. La présentation comme « SMR actifs » de réacteurs qui tiennent plus du prototype ou du réacteurs de recherche (ex : le TMSR-LF1) est donc trompeuse.

Parmi les challengers sérieux comptent surtout les réacteurs à eau pressurisée tels que Nuscale, Holtec International, Rolls-Royce, Westinghouse ou bien Nuward. Certains avaient annoncé des débuts de production en 2025.

C’est notamment le cas de LastEnergy, qui a basé son discours sur son ambition d’aller aussi vite que possible avec une technologie éprouvée et prétendu commencer à produire son premier petit réacteur modulaire en 2025. Néanmoins, son dirigeant a récemment évoqué 2026 comme date.

Nuscale avait également annoncé un début très rapide, allant jusqu’à affirmer en 2022 que les premières unités seraient produites fin 2023. Effectivement, l’entreprise américaine avait le feu vert de la NRC, néanmoins ce qu’il s’est passé fin 2023 c’est que le projet phare a été annulé et que l’entreprise est partie sur une autre piste (des modules de 77MWe au lieu de 50MWe). Le surcoût n’était pas phénoménal, laissant la production à moins 100$/MWh, mais ça n’était pas assez compétitif.

D’autres entreprises sont plus conservatrices. Ainsi, Holtec, l’une des plus avancées et solides, annonce une entrée en service courant 2030 pour son SMR-300. Nuward avait annoncé en 2023 un début de construction en 2030.

Je ne dispose pas d’éléments permettant d’affirmer qui est le plus avancé. Néanmoins, il semble clair que les SMR au sens où je l’ai défini n’arriveront pas cette année.