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Les abeilles sont des insectes communs. On en voit partout, assez souvent en été. On s’agace parfois de les voir tourner autour de la table du petit déjeuner, mais l’on se plaît à déguster une bonne tartine de miel ou à en plonger une cuillère dans une tasse de thé l’hiver. Ce sont pourtant des insectes dont la plupart de nous ignorons tout, en particulier de leur rôle crucial au sein de la biodiversité et du grand danger qui pèse sur l’espèce entière. En effet, les abeilles sont gravement menacées d’extinction.

C’est pourquoi, avec une équipe de 8 autres étudiants de l’IESEG School of Management (La Défense), j’ai contribué à la création d’une association du nom de Bee to be. Nous effectuons un grand nombre d’interventions en école primaire, afin d’accompagner les plus jeunes, adultes de demain, à travers toutes les activités qui promeuvent un mode de vie respectueux de la biodiversité et des abeilles. Je m’appelle Emma Bernadat, et je suis présidente de cette association pour le mandat 2019-2020. DiscoverTheGreentech m’a proposé de vous présenter plus en détail l’importance des abeilles et pourquoi elles sont un enjeu critique pour notre société.

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Image: Pixabay

Dans le monde, 8 espèces de plantes à fleurs sur 10 dépendent de la pollinisation par les insectes, en particulier des abeilles sauvages, qui assurent 75% des rendements agricoles.  Les arbres fruitiers comme les pommiers, poiriers et abricotiers, les grandes cultures oléagineuses incluant colza et tournesol, les fruits à coques, les épices stimulantes notamment le cacao et le café, dépendent de la pollinisation. Sont également concernées certaines grandes cultures céréalières, telles que le sarrasin, et un nombre incalculable de cultures en tout genre, en passant par les fraises, les tomates, navets, courgette, melon… Difficile d’imaginer une assiette qui ne soit pas en grande partie constituée grâce aux fruits de la pollinisation apicole.

On néglige souvent leur rôle dans un monde où l’on produit deux fois plus que ce que l’on ne consomme. Et malgré leur importance capitale, plus de 40% des espèces d’abeilles sauvages, et 10% des abeilles domestiques seraient menacées d’extinction dans le monde.

Quelles sont donc, les causes et les conséquences du déclin de la population apicole dans le monde ? A quelle échelle est-il observable, et la population est-elle suffisamment sensibilisée sur le sujet ?

Depuis le XXème siècle, l’industrialisation des méthodes d’agriculture et l’apparition de la production de masse ont constitué une véritable évolution, permettant de nourrir une population augmentant de manière exponentielle au fil des décennies. Cette agriculture intensive favorise les monocultures causant une immense perte de diversité biologique (Greenpeace, Rapport sur le déclin des abeilles : Analyse des facteurs qui mettent en péril les pollinisateurs et l’agriculture en Europe), et donc, de ressources pour les insectes pollinisateurs. 

En effet, l’importante proportion de monocultures céréalières ne constitue, en grande partie, pas une ressource pour les abeilles. En particulier, les céréales dites « à paille » (blé tendre, blé dur, orge, triticale, seigle…) ne sont pas attractives pour les abeilles car elles contiennent peu ou pas de nectar (progrescolzadiester.fr, Fiche céréales à paille), et le pollen du maïs est de médiocre qualité nutritive, car faible en protéines (BASF, Maïs et biodiversité : comment améliorer l’alimentation des abeilles).

D’autre part, les monocultures maraichères ou arboricoles ne sont pas en fleurs toute l’année. Ainsi, on retrouve, certaines saisons, de vastes étendues de jeunes pousses et pas la moindre fleur à l’horizon, alors que les abeilles ne se déplacent généralement jamais bien loin de leur ruche. Ces vastes étendues de récoltes ont pourtant un besoin en pollinisation plus important, mais il devient moins facile pour les abeilles de les polliniser (celles-ci ne pouvant pas parcourir de distances aussi importantes), ce qui pourrait mener, dans un futur proche, à une pollinisation insuffisante des cultures.

Le déclin des abeilles est donc en partie lié à la dégradation des habitats, à cause des monocultures, ainsi que du phénomène d’urbanisation. Il existe cependant nombre d’autres facteurs pouvant expliquer ce déclin. L’utilisation d’agents chimiques est l’une des causes principales de cette augmentation de la mortalité des insectes pollinisateurs, notamment des produits phytosanitaires.

Ces produits sont des traitements systémiques, c’est-à-dire que les molécules chimiques pénètrent à l’intérieur même de la plante et se retrouvent donc dans le pollen. Lorsque les abeilles butinent des plantes traitées, on voit alors augmenter le taux de malformations, et leur système d’orientation spatiale s’en retrouve perturbé, ainsi que leur comportement alimentaire.

Les principaux pesticides mis en cause sont les néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018. Ils sont toutefois toujours largement utilisés à travers le monde, ou remplacés par des produits à base de Sulfoxaflor, qui agissent eux, directement sur le système nerveux des abeilles, surtout quand pulvérisés sous forme liquide.

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Image: Fotomelia

On compte également des facteurs biologiques comme l’arrivée des frelons asiatiques en Europe en 2004, qui ont grandement perturbé l’écosystème en se nourrissant d’abeilles, sans avoir laissé le temps à celles-ci de développer des moyens de défense. Le frelon asiatique est aujourd’hui présent dans 39 départements français, et 10 individus suffisent à la destruction d’une ruche entière.

Enfin, le réchauffement climatique est mis en cause, car source de sécheresse, et donc, de diminution des ressources alimentaires pour les abeilles.

Ce déclin dans les populations d’abeilles en Europe mais également partout ailleurs dans le monde a de graves conséquences, notamment sur l’économie. Trois quarts des cultures bénéficient de la pollinisation par les insectes, en particulier par les abeilles. De ce fait, on considère que le service écosystémique rendu par les abeilles aurait une valeur pouvant aller jusqu’à 577 milliards de dollars (Fondation pour la recherche sur la Biodiversité, Pollinisation, pollinisateurs et production alimentaire, un état des connaissances pour l’action publique et privée).

La disparition des pollinisateurs pourrait avoir pour conséquence une baisse de la production, qui pourrait ne plus suffire à satisfaire les besoins actuels au niveau mondial. Les régions les plus touchées seraient les régions importatrices nettes, telles que l’Union Européenne. Du point de vue du consommateur, cette diminution de la production pourrait engendrer une hausse des prix. Le consommateur serait donc pénalisé car il consommerait moins (moins de pollinisation = baisse de la production), à des prix plus élevés.

Il est donc primordial de se mettre à agir. Notamment, il est important de continuer à sensibiliser à ce sujet, de prêter plus attention à nos méthodes de consommation et de trouver des alternatives à l’utilisation des pesticides ou à limiter leur usage. A grande échelle, l’agriculture de précision pourrait permettre de réduire considérablement la quantité de pesticides utilisés. Il s’agit d’adapter l’utilisation de produits phytosanitaires en fonction des stricts besoins des cultures, et de traiter les parcelles au mètre carré près.

La protection des abeilles étant également un enjeu concret et actuel, chacun peut agir avec ses propres moyens pour leur venir en aide. Planter des plantes mellifères peut être une solution qui, à petite échelle, permettrait de subvenir aux besoins d’abeilles à proximité. Par ailleurs, certaines associations offrent la possibilité de parrainer des ruches, offrant ainsi des moyens aux apiculteurs de lutter contre la mortalité des essaims.

En définitive, il est important de se rappeler que, quelle que soit la cause, et quel que soit l’enjeu, chaque action individuelle peut s’étendre à d’autres individus. Agir à son échelle, c’est un pas de plus vers le progrès, et vers des mesures étendues à l’échelle d’une société.

Catégories : Enjeux

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