SDES, « L’irrigation des surfaces agricoles : évolution entre 2010 et 2020 »

Le ministère de la transition écologique a publié en février 2024 un rapport intéressant sur l’irrigation des surfaces agricoles. Voici une synthèse.

Emmanuelle PAGES et Sandrine PARISSE, L’irrigation des surfaces agricoles : évolution entre 2010 et 2020, Commissariat général au développement durable, Février 2024, ISSN : 2557-8510

Bilan grand angle des prélèvements d’eau

Les prélèvements d’eau sont les volumes prélevés et potentiellement restitués à leur environnement direct. Par exemple, cela inclut l’eau qui sert au refroidissement des centrales thermiques, qui retourne ensuite au cours d’eau d’où il vient.

Ces prélèvement en 2020 ont représenté 30.4m3 d’eau douce. Leur répartition était :

  • 45% pour les centrales nucléaires;
  • 19% pour la production d’eau potable;
  • 17% pour l’alimentation des canaux de navigation;
  • 11% pour l’agriculture et
  • 8% pour les autres activités économiques.

Les prélèvements agricoles

Parmi les prélèvements agricoles, 92% servent à l’irrigation, 6% à l’abreuvement du bétal et 2% pour le reste (ex: nettoyage).

60% de l’eau prélevée provient des eaux de surface et 40% des eaux souterraines. Ils représentent 23% des prélèvements en eaux souterraines.

Entre 2010 et 2030 les volumes prélevés ont variés entre 2.1 et 3.4 milliards de m3. Le cas le plus bas, 2014, est une anomalie, toutes les années sont au dessus de 2.5 Md m3.

Gros plan sur l’irrigation

La surface irriguable en France est de 2.8Mn d’hectares (ha) de Surface Agricole Utile (SAU) et la surface irriguée de 1.8Mn ha. Elles sont respectivement 23% et 15% plus étendues qu’en 2010.

Le volume moyen d’eau par hectare irrigué est stable (1920 => 1900 m3/ha).

Néanmoins le taux de surface irrigable irriguée a baissée (64% contre 68% en 2010).

En 2020, les prélèvement pour l’irrigation sont plus hauts de 13% que ceux de 2010, surtout pour les eaux souterraines (+21%).

L’irrigation par région

Le volume prélevé par hectare irrigué varie drastiquement selon les régions (40m3/a en Meurthe-et-Moselle, 9700m3 dans les Pyrénées-Orientales).

La part de SAU irrigable aussi varie selon les départements. Ainsi, dans le Loiret, les Landes et les Bouches-Du-Rhône, entre 50 et 100% de la SAU est irrigable ! A l’inverse, en Normandie, en Bretagne, dans le Nord-Est et le Massif Central, on est plus à moins de 5% et parfois entre 5 et 20%. Au final, quinze départements concentrent plus de la moitié de la surface irrigable de France métropolitaine.

En outre, toute la surface irrigable n’est pas toujours irriguée. Ainsi, dans la Marne et la Meuse, seule 22% de la surface irrigable est irriguée.

L’irrigation par culture

Les cultures les plus irrigables sont d’abord le Maraîchage/horticulture, puis les cultures fruitières, pour lesquelles respectivement 51 et 48% de la SAU étaient irrigables en 2020.

Viennent ensuite les grandes cultures, à 18%. La viticulture, si elle reste mineure à cet égard, a la plus forte croissance : elle passe de 6% à 10% de sa SAU irrigable. En surface, cela passe de 29 000ha à 69 000 ha.

L’augmentation de la surface irrigable entre 2010 et 2020 concerne l’ensemble des cultures, mais surtout la viticulture, les cultures fruitières et le maraîchage.

L’irrigation en grandes cultures représente (logiquement), la plus grande SAU : 1.6 Mn Ha.

La principale culture irriguée est le maïs : 38% des surfaces irriguées en 2020 étaient en maïs, principalement en maïs grain et semence (590 000 ha), moins en maïs fourrage et ensilage (94 000 ha). Néanmoins, la tendance est à la baisse : -12% pour le maïs grain entre 2010 et 2020. Le maïs grain irrigué a un rendement 29% supérieur en moyenne au maïs grain non irrigué.

S’agissant du blé, le blé dur étant plus rémunérateur que le blé tendre d’hiver, il est aussi plus fréquemment irrugé (26% contre 4% en 2020).

L’irrigation dans les DROM

Dans les régions et départements d’outre-mer, les surfaces irriguées en 2020 représentent 17 600 ha, soit 13% de la SAU locale. Trois cultures représentent 70% de cette surface : la canne à sucre (6100ha), la banane (4100ha) et les légumes frais (2500ha).

Les méthodes d’irrigation

La méthode la plus rustique, l’irrigation par gravité, représente 12% de l’irrigation en zone de montagne et 4% en dehors. Elle passe de 90 500ha en 2010 à 129 000ha en 2020.

La « micro-irrigation », comme le goutte-à-goutte, est la méthode la plus couteuse, elle est donc utilisé en arboriculture et maraîchage. Son utilisation a plus que doublé entre 2010 et 2002 (109 500 ha à 241 000 ha), mais ne représente toujours que 8% de l’ensemble. Notez que dans les DROM, c’est le mode d’irrigation le plus répandu (41 % des exploitations).

Le principal mode d’irrigation est l’aspersion, représentant 87% des surfaces irrigables en 2020. « Les surfaces irrigables par ce moyen augmentent de 17 % entre 2010 et 2020, passant de 2 109 000 à 2 473 000 ha. »

Apparté

Le rapport présente aussi ces cartes, qui sont intéressantes, car elles montrent toute la particularité du problème de l’eau : il dépend radicalement de l’endroit et du moment.

Ici on a des zones arides une année, humide l’autre. Ca peut varier du tout au tout.